Jean-Michel Jarre, parrain des musiques électroniques, était à Lyon pour parler de sa tournée et son nouveau disque. Biberonné à sa musique, Monsieur Simon a – bien évidemment – parlé de gosses. L’enfance, un sujet qu’il ne prend pas à la légère.

Un soir à Paris, alors qu’il allait voir en concert Julia Holter, une artiste avec qui il a collaboré sur son nouvel album album Electronica 2 (« je l’adore, c’est une chanteuse folk qui est également une petite sœur de Pierre Schaeffer, elle a enregistré le son des machines à café qui l’entouraient pendant qu’elle écrivait une chanson »). Il sort de la salle et un homme, impressionné, l’aborde et lui dit « Monsieur Jarre, je suis heureux de vous rencontrer. Je tenais à vous dire que ma mère a accouché en écoutant Oxygene. A chaque fois que j’écoute cette musique, ça me touche d’une façon particulière ». Encore étonné par cette anecdote, Jarre rajoute : « ce jeune homme est né à Montreuil dans une clinique bien particulière où les femmes accouchent sur de la musique, notamment mon album Oxygene qui est sorti il y a quarante ans ».

Thérapeutique la musique du pape des synthétiseurs ? Exactement. « Ma musique est beaucoup utilisé dans le cadre de psychothérapie mais aussi pour soigner la schizophrénie infantile – un sujet qui m’a beaucoup intéréssé – dans le but précis de recréer l’univers sonore du fœtus. »

« Aux antipodes d’Oxygene, il y a ce morceau que j’ai réalisé avec l’allemand Siriusmo (NDLR : toute la famille de Monsieur Simon danse sur cette chanson) sur Electronica 2. Je l’ai joué dans quelques festivals, au Sonar de Barcelone, à Manchester, et à chaque fois des jeunes enfants sont venus l’écouter et ont dansé dessus. La mélodie est simple, c’est frais et la rythmique est bien marquée ».



« Ma collaboration avec Armin Van Buuren provoque le même effet chez eux. Ce même genre d’impact très étonnant. Stardust est à la fois transe et positif »
.

Chez Jarre, pas question de servir de la musique mièvre aux kids. Selon lui « les enfants ressentent bien le côté joyeux d’une chanson mais aussi sa mélancolie. C’est faux de dire qu’ils n’aiment que les choses gaies. Regardez, les clowns, il n’y a rien de plus angoissant. Il faut bien faire la différence entre naïveté et innocence. Le morceau que j’ai réalisé avec The Pet Shop Boys en est le parfait exemple. Ils ne comprennent pas les paroles mais ils comprennent l’intention ».

Autre track que Jean-Michel Jarre conseille à leurs oreilles sensibles : Waiting for Cousteau. Un vrai morceau cathédrale, long d’une heure. « Lui aussi a beaucoup été utilisé en psychothérapie. Il met dans un état de grande sérénité. Même s’il est très long, tous les événements ne s’y reproduisent pas. C’est comme regarder les nuages dans le ciel ou des vagues sur la plage pendant des heures. Répéter en boucle une séquence de seulement 2 minutes de ces mêmes vagues, tout le monde s’emmerde » (rires).

Jean-Michel Jarre a un chouchou avec qui il a travaillé : Rone. « C’est un poète et un enfant de la scène electro. Les enfants doivent absolument écouter son album intitulé Tohu Bohu ». Point final. Compris ?

Même si aujourd’hui les enfants de Jarre sont adultes, il se souvient, ému, de leur morceau fétiche : Don’t bring me down de Electric Light Orchestra. Sans ciller, il lance « c’est du 100% de réussite, ça réveille tout le monde. C’est très difficile de faire une chanson happy qui ne soit pas cheesy. Positive sans être ordinaire ». Faîtes le test chez vous, ça marche du tonnerre.

Jean-Michel Jarre jouera le 24 novembre à Lyon. A cette heure-là, les enfants seront couchés. Vous leur raconterez.

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