Aujourd’hui, j’aimerai vous parler de quelque chose qui pourrit, depuis la nuit des temps, l’ambiance d’un repas familial. Ce moment où le plat de haricots verts arrive sur la table.

Ça a été (à peu près) scientifiquement prouvé que la grande majorité des enfants présents au souper diront soit « pffff » soit le fameux « j’aime paaaas ». 5 fruits et légumes par jour. C’est la régle. Même si comme Pierre Desproges je concède « 5 fruits et légumes par jour, ils me font marrer… Moi, à la troisième pastèque, je cale. »

Mais d’où vient cette aversion pour le légume vert ? Vous-même, enfant, vous avez dû tirer une trogne pas possible quand Papa posait sur la table cette si belle envolée de brocolis à l’ail. Qui, aujourd’hui, ferait saliver n’importe quel adulte censé. Non ? Si, les brocolis ça défonce.

Mais les enfants les haïssent. Si un assassin menace d’abattre son chien si l’enfant ne mange pas son gratin d’épinards, c’est l’enfant qui appuiera sur la gâchette et butera Toutou. Sans remord.

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Ne rigolez pas, cette aversion a été scientifiquement prouvée. Deux psychologues de l’Université de Yale dans le Connecticut, Annie Wertz et Karen Wynn -donc on a pas affaire à Jojo le rigolo, c’est du lourd – , ont analysé les attitudes de 47 marmots âgés entre 8 et 18 mois. Et là, on dit déjà bravo, quelle patience. Le résultat est très étonnant : ils n’ont pas osé touché le moindre légume, même celui en plastique qui couine. Etonnant, non ?

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Pas tant que ça, cette méfiance est en réalité « programmée » dans le cervelet primitif du petit être.

Les deux chercheuses ont expliqué, je les cite, que « cette stratégie comportementale mettrait à l’abri les enfants des dangers possibles, en diminuant la possibilité d’ingérer des plantes toxiques ou de se blesser au contact de certaines plantes (poils fin, épines, huiles nocives etc… etc… ».

Vous voyez bien, chers amis, que l’on parle ici d’une peur ancestrale. Et non pas d’un caprice. Enfin un peu. L’enfant ne veut pas s’empoisonner.

Bon.

On fait quoi maintenant ? On leur sert ad vitam des coquillettes jambon-fromage ? C’est non. C’est là qu’intervient votre trésor d’ingénuosité, vos qualités en terme d’évitement. Oh oui, ils vont la bouffer cette plâtrée de petits pois. Plusieurs méthodes s’offrent à vous.

La méthode dite progressive

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Rome ne s’est pas faite un jour. Tous les jours, glissez insidieusement un légume vert dans son assiette. Au départ, même pas il le calcule, il n’y verra qu’une décoration un peu effrayante. Si, sur un malentendu, il mange le dit-légume. Rajoutez-en un le lendemain et le surlendemain et ainsi de suite. Si tout se passe bien, l’enfant arrivera à manger un fagot entier de haricots verts. A sa majorité. Allez, on y croit. On lâche rien.

La méthode dite mixée
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Entre nous, ce n’est pas ma préférée. Je l’ai rebaptisé méthode « « à la pute ». Car, elle correspond à un aveu d’échec. Tout passer à la moulinette avec une tonne de beurre, de la patate pour changer la couleur, la texture et altérer le goût. MOUAIS. Certes, l’enfant aura sa dose de légumes. Mais Oscar Wilde disait à ce sujet : « à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ». Je préfére largement l’alternative frites. L’enfant aura la permission de manger avec les doigts. Mais bon, choper du choléstérole dès 5 ans c’est pas une vie.

La méthode dite bouchère
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Un peu à la pute également mais bon. Parce que pas fine. Elle marche particulièrement bien avec la courgette, l’ennemi public numéro 1 des enfants. Dans vos boulettes de viande sauce tomate (youpi un autre légume), mélangez à votre viande hâchée de la courgette, également hâchée. Poussez le vice jusqu’à réaliser des tagliatelles de courgettes mélangées de vraies tagliatelles. L’enfant n’y verra que du feu.

La méthode dite artistique
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Soyez créatifs. Mettez donc en scène son assiette. Petite astuce : dîtes à l’enfant qu’il est un géant. Que ce brocolis est un arbre. Et, excusez cette citation du rappeur Booba, mais nique sa mère la reforestation.

Si, malgré toutes ces astuces, vos enfants ne mangent toujours pas de légume parce qu’il n’aime vraiment pas ça. Et bien, culpabilisez-les. Dîtes leur qu’ils seront en mauvaise santé. Qu’ils passent à quelque chose de formidable. Et si l’enfant vous dit « moi ce que je préfère c’est les hamburger, les frites et le coca ». J’ai peut-être la solution.

Le hamburger vegan, ça sera notre petit secret.

Dès qu’ils voient le grand « M », ils sont comme habités. Et si, par malheur, vous les y amenez : même pas la peine d’entendre parler de légumes pendant les prochains six semaines.

Comment concilier cette amour de la junk et une alimentation saine ? Solution

Attention, je réclame toute votre discrétion. Si jamais le fruit de vos entrailles découvre le pot aux roses, la totale rupture de confiance n’attendra pas la préadolescence.

Mentez-leur – comme cette fois où vous avez effacé toutes les preuves de l’accidentel décés du poisson rouge. Ils ne sont pas prêts à entendre la douloureuse vérité.

Il est simple comme bonjour de façonner cette recette de burger vegan. Partons sur la base de 3 bonnes portions. Sortez une feuille, un stylo, voici la liste des ingrédients : 150 grammes de haricots (oui, ceux qui provoquent des flatulences). 100 grammes de quinoa cuit. Un oignon nouveau tranché fin fin (attention à ce qu’ils ne retrouvent pas de gros morceaux sinon pot aux roses etc… etc…).

Quelques épices et autres condiments (piment, origan, paprika, ail en poudre, sel, poivre… tout dépendra de la sensibilité du palais de ces si fragiles créatures). Jetez-moi tout ça dans un robot mixeur et réduisez-moi ça en charpie. La couleur ? Ça ne vous rappelle rien ? Souriez diaboliquement, le piège est en train de se refermer sur eux. Si la texture n’est pas géniale, densifiez-la avec de la fécule de pommes de terre, de la maïzena ou de la farine. Les proportions ? A l’œil. Je suis pas votre mère. Un peu d’autonomie bon sang. Vous êtes parents maintenant. Formez trois boules et façonnez-les en « steak haché », direction la poêle avec un filet d’huile chaude. Disposez-les sur des pains à burger – choisissez-en des bien industriels (concédez-leur au moins cela, ne soyez pas trop des parents indignes). Allez encore plus loin dans la tricherie en badigeonnant le bazar de ketchup maison.

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Riez diaboliquement (et intérieurement) s’il remise sur le côté de son assiette la feuille de salade et la rondelle de tomate. « J’aime paaaas ».

Le ketchup maison ? Voici une recette de grosse feignasse. Ouvrez un bocal de concentré de tomates (150 grammes). Empoignez dix morceaux de sucre et mettez-les dans un bol. Versez sur ces morceaux de sucre 10 cl de vinaigre balsamique (un verre en plastique Ikéa rempli aux deux tiers fera l’affaire). Le sucre a fini par fondre au contact du vinaigre. Vous vous souvenez de ces 150 grammes de concentré ? Direction le bol. Assaisonnez : sel, poivre et pourquoi pas piment. Réservez au frais et le tour est joué : votre ketchup de fainéant est terminé.

Et vous allez me dire « et le Coca dans tout ça ? » Plus connue pour ses pastis qui ne rendent pas forcément aveugle, l’histoiruqe distillerie Janot basée à Aubagne est moins connu, dans nos contrées, pour son invention remarquable datant de 1928, le sirop Gambetta. Un sirop obtenu par macération de plantes, de fruits, d’écorces de plantes (on en compte une cinquantaine : mandarine, gentiane). Caramel, sucre, acide citrique, sirops de glucose et de fructose. Que des bonnes choses. Croyez-le, croyez-le pas. Servez-leur donc un verre de limonade artisinale dans lequel vous avez mis une bonne dose de Gambetta. Ça ressemble à s’y méprendre à du Coca.

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Bravo, vous êtes le génie du mal.

Tout ça nous amène au dessert.

Les crêpes « grasse matinée » par Raymond Olivier

Chandeleur ou pas chandeleur. L’enfant vous réclame quotidiennement des crêpes. Et vous, vous, parent, vous réclamez quoitidiennement un peu plus de sommeil ? C’est en allant digguer dans les archives internet de l’INA que j’ai trouvé une recette qui réconciliera toute la famille. On remercie par avance Raymond Oliver, chef et propriétaire du mythique restaurant parisien le Grand Véfour. Triple étoilé au Michelin. Et premier chef à avoir son émission de télé en 1954. A cette époque, Cyril Lignac n’était pas encore né. Belle époque. Je vous propose de regarder sa recette de crêpes qui ravira les petits comme les grands.

Normalement, après deux crêpes, toute la famille fera une longue, très loongue, grasse matinée. Ne me remerciez pas. Evitez cependant de prendre le volant après. Et de vous approcher d’une flamme.

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