Le coding est hyper en vogue dans le milieu éducatif. Votre Internet favori est parti à la rencontre d’un programmeur de formation (une personne qui rentre des lignes et des lignes de code) qui nous a expliqué pourquoi cette pratique de l’informatique c’est un peu le turfu pour les bambinos.

Monsieur Simon : Nordine, bonjour. Présente-toi donc à nos aimables lecteurs.

Je m’appelle Nordine Ghachi. Je suis co-fondateur de la SCOP Dowino, une chouette structure qui fait des serious games à forte utilité sociale et dans laquelle je suis directeur créatif. Dans les jeux que nous réalisons, j’ai la chance d’être en interaction avec beaucoup de métiers différents, notamment la technique. Même si je n’en fais plus, j’ai toujours adoré le code, j’en ai fait pendant plusieurs années. Je n’étais pas vraiment doué mais sincèrement passionné.

Quel a été ton premier contact avec le coding ?

J’ai commencé à coder quand j’avais 11-12 ans sur Amstrad CPC 464. C’est là-dessus que j’ai découvert mes premiers jeux vidéo. Le premier que j’ai vu était un jeu de régate tout pourri mais déjà ça commençait à m’intriguer. Et le deuxième c’était Ghost and Goblins, et là j’ai été scotché ! Quand j’ai découvert l’interactivité et tout ce que ça suscitait comme possibilités pour s’amuser, je suis tombé amoureux des jeux vidéo. Très vite j’ai eu envie de savoir comment c’était fait et je me suis intéressé d’abord au code puisque c’est ça qui va piloter toute l’interactivité de l’oeuvre. À l’époque, il n’y avait pas Internet, j’avais la chance d’avoir un ami ingénieur qui m’a expliqué comment faire bouger un A avec un joystick (avec les conditions qui vont bien pour que le A ne puisse pas sortir de l’écran). Du coup ça m’a motivé, j’ai choppé des bouquins pour apprendre le langage Basic. C’est un peu la honte mais j’ai jamais appris de langages plus bas niveaux, et même pas du vrai objet genre Java, C# ni même de l’AS3…

Tu es donc devenu complètement accroc.

J’ai continué sur Amiga avec le langage AMOS, c’était cool parce que ça permettait aux novices comme moi de créer facilement des jeux qui avaient la gueule de vrais jeux avec un langage proche du Basic. Le rêve. J’ai fait ça jusqu’à la fac, j’étais le seul de ma promo à faire mes dossiers sur Amiga ! Puis j’ai fait beaucoup du PHP à la fac et dans mon boulot précèdent. Et du javascript aussi bien sûr. Dans mes petits jeux, je faisais tout tout seul au début. Le code mais aussi les graphismes et la musique. Donc le code, ça ouvre aussi forcément un peu l’esprit à l’art quand on fait du jeu vidéo. J’ai ensuite rencontré des geeks qui dessinaient super bien et j’ai pu avoir des graphismes cools pour mes jeux ! Après le code ça sert aussi à développer des applications ou des serveurs, et un tas de choses avec lesquelles je suis en contact régulièrement.

Le code, ça ouvre aussi forcément un peu l’esprit à l’art

Aujourd’hui nombre de médias éducatifs nous rabâchent les oreilles avec l’initiation au coding faite aux kids. Mais en quoi est-ce si bénéfique pour eux ?

Je sais pas si c’est forcément bénéfique pour tous les enfants car le code c’est aussi quelque chose de très prenant dans laquelle on peut vite s’enfermer… De mon côté le code m’a plus qu’apporter, il m’a (en partie) construit. Je crois que le code permet d’être plus raisonnable, astucieux, ingénieux, logique réfléchi, et pointilleux – surtout lorsque tu te rends que ton personnage fait n’importe quoi à l’écran. Quand on s’amuse avec des variables, des fonctions, des classes, des conditions, des boucles, etc. dès le plus jeune âge, on est déjà en train d’imaginer et de concrétiser des systèmes « complexes ». Donc commencer jeune est forcément un plus pour la future vie professionnelle du kid. D’autant plus que c’est un domaine dans lequel il y a une très forte demande car l’explosion du numérique suscite forcément plus de besoins. Vous connaissez beaucoup de codeur sans activité du tout ?

Le code m’a construit

Le code permet aussi d’apprendre à mieux se connaître. Je suis nul en maths mais j’ai pris beaucoup de plaisir à apprendre à maîtriser la logique que demande le code, et à travers elle, ma propre logique. Pratiqué très jeune, je crois que le code peut apporter de nouvelles bases que ni les parents, ni l’école, ni la société ne peuvent donner, en tous cas pas aussi rapidement et avec autant de précision. J’imagine que pour certains c’était le sport, le théâtre, la musique, les livres… Moi c’était le code et la musique (un de mes premiers programmes sur Amstrad était un synthétiseur). J’ai codé des tas de jeux de baston. J’adorais ça (encore maintenant ça reste mon genre préféré). Les copains qui faisaient les graphismes de mes jeux étaient (et sont toujours) de chouettes potes d’enfance, donc en plus cela m’a sociabilisé ! J’ai toujours ma bande de potes d’il y a plus de 20 ans grâce au code. Ils font partie de mes plus vieux amis. Ça fait quand même beaucoup de choses qui peuvent permettre à un gamin de grandir plus solide, non ? Mais peut-être un peu plus timbré aussi des fois.

Timbré ? Tu m’as convaincu. Quelles sont selon toi les meilleures applications/logiciels pour initier le gosse au coding ?

Il existe un excellent serious game que j’adore qui est accessible à tous et qui permet d’apprendre à coder en s’amusant vraiment (à partir de 9 ans). Ça s’appelle CodeCombat, c’est vraiment bien foutu. Enfin pour les kids un peu surdoués ou pour les plus énervés je leur conseille de commencer direct sur Unity, y a moyen de tomber un paquet de trucs de oufs sur toutes les plates-formes assez rapidement. Je pense qu’il existe tout ce qu’il faut de tutoriels, de vidéos, de forums et d’articles sur internet pour que n’importe qui d’intéressé par le sujet puisse se former beaucoup plus rapidement qu’à mon époque. Enfin y a aussi des formations rapides très complètes telles qu’École 42 et Simplon qui a en plus une démarche solidaire et engagée.

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