Cette aventure des Schtroumpfs est un manifeste puissant, à l’actualité troublante, et dont la lecture s’avère indispensable pour mieux comprendre l’Histoire comme le monde qui nous entoure.

Non, nous n’avons point fumé de salsepareille. Oui, nous parlons ici d’un album des Schtroumpfs, les insupportables lutins bleus dont on ferait bien de la purée de la même couleur, dès lors qu’ils sont passés à la moulinette hollywoodienne. Mais lorsqu’ils sont entre les mains de leur créateur Peyo, c’est du génie, pas moins. A l’origine personnages secondaires de la série Johan et Pirlouit, Peyo a vite compris ce qu’il allait tirer de ses lutins, notamment en terme de vente de petits bonshommes en plastique sur lesquels on marche dans la chambre des nains.

Avant toutefois de devenir le Schtroumpf milliardaire, Peyo n’a pas oublié qu’il sait raconter les histoires comme personne. Et en 1964, il se lance dans sa première histoire longue, le Schtroumpfissime. Or donc, chez les Schtroumpfs, le Grand, celui avec la barbe et le bonnet rouge, se carapatte pour aller cueillir très loin une fleur improbable et laisse les petits schtroumpfs tout seuls, sans désigner qui sera chef à sa place – erreur grave, n’importe quel parent vous le dira. L’un d’eux a l’idée d’organiser une élection. Se lance en campagne électorale. Et multiplie les promesses intenables – « moi, Schtroumpf, je ferai faire du gâteau tous les jours » – qui valent bien celle d’inverser la courbe du chômage.

Endormir les enfants et la populaschtroumpf

Il sait dire ce que les Schtroumpfs veulent entendre. Extrait du discours lors de son allocuschtroumpf électorale : « il vous faut un schtroumpf fort sur qui vous puissiez schtroumpfer sans schtroumpfer ». Clap, clap, clap « il a bien schtroumpfé ! » applaudissent les Schtroumpfs. Troublant, non ? Toute coïncidence avec un homme politique actuel ne serait que fortuite, il n’avait que 10 ans à l’époque de la publication ! Quoique. Une fois élu, le Schtroumpfissime ne tiendra que peu de promesses (on a déjà vu ça quelque part, également) et instaurera un régime dictatorial, avant que la résistance ne s’organise et que tout ne dégénère en guerre civile (mais chez les Schtroumpfs, on s’envoie des tomates à la gueule plutôt que des cocktails molotov, ça peut être une bonne idée pour la prochaine manif).
Bref, si votre enfant rechigne à lire Ne vous résignez pas de Bruno Lemaire, sous prétexte qu’il n’y a pas d’image, le Schtroumpfissime vous permettra de parler de dérive politique à l’heure du coucher, et de lui expliquer comment s’y prennent les apprentis dictateurs pour endormir la populaschtroumpf afin de mieux la schtroumpfer. Le Schtroumpfissime est un album implacable et indispensable. Si j’étais ministre, j’en rendrais la lecture obligatoire à tous les étudiants de l’ENA. J’en parlerai à la schtroumpfette de l’éducation natioschtroumpf, à l’occasion.
« le Schtroumpfissime » de Peyo, éditions Dupuis . Il existe une édition commentée passionnante.

Paul Satis

Note de la rédaction en chef : Nous nous pencherons prochainement sur l’histoire du Schtroumpf Noir qui préfigure les pandémies à grande échelle dans le cadre d’un article intitulé « L’apocalypse zombie expliquée aux enfants ». Evidemment, non. On déconne sur ce coup.

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